Décès de Papa Wemba : Les condoléances de Paul Biya divisent le milieu artistique

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Les artistes Camerounais n’accordent pas leurs violons au sujet de la correspondance du président adressée la semaine dernière à son homologue congolais.

Papa Wemba

Papa Wemba

«Monsieur le président et cher frère, j’ai appris avec tristesse, la nouvelle du décès de Monsieur Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, dit « Papa Wemba », survenu sur scène à Abidjan le 24 avril 2016, où il participait en qualité d’invité d’honneur, au festival des musiques urbaines d’Anoumabo (femua). Sa disparition est une grande perte pour la culture africaine et pour votre pays. En cette douloureuse circonstance, je vous adresse, ainsi qu’à sa famille et à la nation congolaise affligée, mes sincères condoléances.» Ainsi parle Paul Biya dans une correspondance à Joseph Kabila Kabange, président de la République démocratique du Congo. Des condoléances qui, pour l’artiste comédien Daniel Ndo plus connu sur l’appellation Oncle Otsama ne doivent pas susciter la moindre polémique. «Le regretté Jean Miche Kankan a été honoré par plusieurs chefs d’Etat en Afrique de l’Ouest. Manu Dibango a eu les mêmes reconnaissances de ses mérites par certains chefs d’Etat y compris Paul Biya qui a fait de lui un invité spécial d’une fête nationale du 20 mai. Plusieurs artistes camerounais ont été décorés par Paul Biya parmi lesquels moi-même avec plusieurs médailles dont celui de chevalier de l’Ordre de la valeur. Omar Bongo le regretté président du Gabon m’a invité à plusieurs reprises dans son palais pour des spectacles. L’art n’a pas de frontière. Paul Biya a reçu les artistes à Mvomeka. Ce n’est pas honoré ça ?» Le chanteur Sam Mbende n’en dit pas moins. «Le Président et son épouse ont toujours marqué en tout temps leur compassion en ce qui concerne les décès de nos artistes ici au Cameroun. Je prends pour preuve Tom Yoms, Eboa lottin, Guy Lobe, Bébé Manga, Messi Martin etc.»

Pas prophète chez soi

C’est un très grand honneur pour l’art africain que fait le Président Paul Biya, martèle Sam Mbende, «et son geste renforce la considération que l’on devrait avoir pour la musique et les musiciens au sein de notre continent. En tout cas son message à été favorablement accueilli dans les milieux des Arts en Afrique, le peuple congolais et son Président en sont fiers. J’en sais quelque chose en ma modeste qualité de Président du Pacsa (Alliance panafricaine des auteurs et compositeurs de musique).» L’auteur du titre à succès ‘‘Rosita’’ souligne : «Plutôt que de se focaliser sur la mort des artistes Camerounais le Chef de l’État a décrété un compte d’affectation spécial depuis 2001 pour subventionner la culture. Plus encore, depuis 1990 il a initié et promulgué une loi sur les droits voisins. Qu’avons nous fait depuis des ans pour profiter de tous ces instruments qui au demeurant donnent des conditions de vie meilleures et certainement une mort digne?» Si l’acte de Paul Biya est une symphonie, les notes sont plutôt en désaccord.

Sous cape (pour des raisons personnelles), une célèbre chanteuse de makossa nous avoue être scandalisée par l’acte du chef de l’Etat. Le batteur Ebeny Donald Wesley n’a pas sa langue dans la poche. Surtout qu’il ne comprend pas ces condoléances officielles. D’un parce que «la République démocratique du Congo et le Cameroun n’ont pas des relations diplomatiques en très bonne équerre. Je sais de quoi je parle parce que moi-même je suis ambassadeur de la maison civile du chef de l’Etat de la Rdc depuis 2005. J’ai servi militairement dans ce pays où j’étais chef d’état-major.» De deux, il estime qu’on devrait rendre l’appareil aux artistes nationaux. «Nous avons appris avec consternation le décès de Papa Wemba. Oui c’était une icône de la musique africaine mais nous sommes quand même désagréablement surpris qu’un message de condoléance ait été adressé au président de la Rdc par le président camerounais. Que de fois nous avons perdu ici nos propres artistes, Eboa Lottin, Francis Bébé… Il y a eu une inertie de l’Etat camerounais, du ministère de la Culture.» Il est donc clair «que les intérêts diplomatiques priment sur les intérêts nationaux. Ceci est mon point de vue personnel mais je pense que des Papa Wemba, il y en a à la pelle au Cameroun. Nous avons perdu dernièrement Joe Mboule, avant lui Guy Lobè, Tom Yoms et autres.» Et de conclure avec un pincement au cœur, «ça fait tout de même mal de le comprendre encore une fois qu’on n’est pas prophète chez soi

Valgadine TONGA

 

 

 

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