Bataille syndicale : Les Hommes de média en rang dispersé

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Les dissensions interviennent au niveau de la précarité des journalistes et surtout des agissements des leaders syndicaux.  

«Responsabilité sociale des entreprises et des syndicats pour un travail décent». Le thème de la 130ème édition de la fête internationale du travail interpelle non seulement les entreprises, mais aussi les syndicats. Si les médias se font toujours la voix des malheurs des sans voix, ils ont bien du mal à prêcher par le bon exemple. La précarité dans laquelle est noyée la presse est effarante et laisse plus d’un dubitatif sur les pouvoirs du syndicat à rectifier le tir. Après plus d’une dizaine d’années de pratique du journalisme, Jean-Baptiste Ketchateng, reporter à Cameroon Tribune a toujours du mal à comprendre «comment est-ce que les journalistes supposés être en avant-garde, sont si mal logés ? Les patrons n’ont toujours pas compris que le mauvais salaire, la précarité impacte sur la qualité de leur travail.»

A quelques heures de la célébration, ce 1er mai 2016 de la journée des travailleurs, et de la journée de la liberté de la presse (le 3 mai), les leaders syndicaux devraient rivaliser de subterfuges pour rassembler un grand nombre de journalistes et auxiliaires de la profession.  Le Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc), (principal syndicat de ce secteur au Cameroun) peut compter sur ses adeptes. Journaliste à l’hebdomadaire Intégration, Didier Ndengue affirme avec orgueil son adhésion au Snjc. «Je suis syndiqué parce que je pense qu’il est important d’appartenir à une association de défense des droits des travailleurs. Dans le cadre de notre domaine d’activité, je suis fier d’appartenir au Snjc. Je fais confiance à notre syndicat, même si certaines mauvaises langues osent parfois le traiter de tous les noms d’oiseau. On a toujours tendance à croire que le travail de l’autre est facile. Mais moi, je crois que les grands frères qui sont à la tête de cette organisation savent très bien qu’ils ont des petits frères à qui ils doivent servir de boussole

Des journalistes en concertation

Des journalistes en concertation

Adhésion par suivisme

Lindovi Ndjio travaille à La Nouvelle Expression. Il n’est pas syndiqué, «pas encore. Par le passé, je n’ai pas beaucoup cru aux syndicats de journalistes, mais depuis un certain temps, je pense qu’il faut le faire, puisque je vois les choses bouger grâce aux syndicats. En fait depuis deux ou trois ans, je vois qu’il y a une nouvelle dynamique. Depuis l’affaire Bibi Ngota, j’ai vu la presse sans clivage et sans distinction défendre la cause d’un gars qui n’était pas forcément considéré comme un confrère au sens plein du terme.» Léandre Mandela Nzie est honnête, «j’appartiens au Snjc mais sincèrement c’est par suivisme.» Zobel n’est pas syndiqué pour une raison, «je ne crois pas encore en nos syndicats.» Là, il n’est pas seul. Martin préfère rester derrière sa caméra et gérer himself ses problèmes professionnels. «Je ne crois pas en notre syndicat», tranche-t-il.

Qu’est-ce qui explique ce manque de confiance ? Blaise Djouokep a son idée. «Le syndicat a installé les délégués du personnel mais ceux-ci ne connaissent ni leurs prérogatives ni leurs avantages. Les délégués du personnel ne sont toujours pas formés sur ces éléments basiques, ce que le syndicat devrait faire.» Hervé-Villard Njiéle ne fait pas dans la langue de bois. «Je ne partage pas toujours le point de vue des responsables du syndicat parce que pour qu’un président parle, il doit se concerter avec le bureau. Il doit dire ce que pensent les membres, et non ce qu’il pense. Le président fait ses sorties médiatiques de son côté, le secrétaire fait les siennes. C’est du désordre.» Ce journaliste membre du Snjc soutient que «le syndicat n’est pas seulement là pour critiquer. Qu’est-ce qu’ils ont fait ? Où sont les formations ? Ils revendiquent l’application de la convention collective mais qu’est-ce qu’ils font pour ça ? Ils ont fait le combat contre la carte de presse, moi je dis non. Nous en avons besoin

Les critiques seules ne font pas l’action syndicale, argumente également Armand Rodolphe Djaleu. «Un syndicat comme celui du Syndicat national des journalistes du Cameroun doit mener des actions concrètes. J’entends par action concrète réaliser les missions qu’il s’était fixé lors du congrès d’octobre 2015. L’exécutif du syndicat s’était donné pour leitmotiv de restructurer la fonction de journaliste au Cameroun. Il avait aussi dit qu’il devait procéder au recyclage des journalistes, les faire participer à des séminaires internationaux. Jusqu’à présent on ne voit rien.» Ce reporter du site www.camersenat.info rajoute : «On voit comment certains journalistes sont expulsés des rédactions et le syndicat ne milite pas en leur faveur. Il s’était aussi fixé pour leitmotiv d’installer les délégués de personnel dans les rédactions mais jusqu’ici ça n’a été fait que dans quelques rédactions. Le Snjc n’a pas réussi à sécuriser la profession. C’est du tout venant.» En clair, «pour l’heure il ne m’inspire pas encore confiance. Il ne faut pas seulement critiquer les autres. Il faut balayer devant sa propre cour

«Jouer franc-jeu»

A tous ses reproches, le président régional du Snjc martèle que les confrères «n’ont pas raison.» Narcisse Oum souligne que nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude. «Il faut aussi dire que ces journalistes ne jouent pas franc-jeu. Ils ne déclarent jamais qu’ils ont des problèmes en entreprise. C’est toujours de l’extérieur qu’on l’apprend, quand ils ont déjà été renvoyés. Nous souhaiterons dorénavant que ces personnes viennent vers nous dès qu’ils ont le moindre souci.» Il y a un manque de communication entre le syndicat et les employés de la presse, confie-t-il. A qui la faute ? «La faute revient aux employés. Vous avez quelqu’un qui travaille dans un média sans contrat de travail. Il vous rassure du contraire et soutient qu’il est affilié à la Caisse nationale de prévoyance sociale. 48h après, la même personne revient vous dire qu’elle a été licenciée. C’est en ce moment qu’elle vous avoue qu’elle n’était pas sous contrat.» Qu’à cela ne tienne, les responsables syndicaux ont du pain sur planche. La situation des Hommes de média est pitoyable, pour dire le moins.

Valgadine TONGA

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