Affaire Koumatekel : La police confisque les obsèques

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C’est impuissant et furieux que la famille de la défunte vient d’assister ce matin à la levée de corps à l’Hôpital Laquintinie de Douala.

La famille dans les camions militaires.

La famille dans les camions militaires.

Hôpital Laquintinie de Douala, vendredi 29 avril 2016. Il est 8h 20min. La rue qui donne à la morgue est barricadée par la police. Devant la morgue, une foule vêtue de noir pour la plupart. Un groupe arbore un tee-shirt sur lequel est inscrit le nom de Monique Alvine Koumatekel. C’est bien pour elle que la famille, les amis, les curieux, la société civile, les médias sont sortis de bonne heure. Chacun veut dire un ultime au revoir à cette femme, morte tragiquement  avec sa grossesse (des jumeaux) le 12 mars 2016. Les policiers sont en faction. On aperçoit aussi les agents de renseignements. «Vous faites quoi là avec le stylo et le cahier?» argue vertement un bidasse à l’adresse des journalistes. A l’intérieur de la morgue, le cérémonial de la levée de corps a débuté. Les médias sont interdits d’accès. L’injonction vient de l’hôpital, renseigne tout dépité un flic. Même les membres de la famille sont exclus de l’organisation.

Il est 9h22min à notre montre quand le corbillard sort en flèche, précédé du motard de la police. Un 4×4 de l’Equipe spéciale d’intervention rapide suit derrière. Le cortège se rend à Yabassi. La famille assiste impuissant à la scène. En dehors de la mère de la défunte, le reste des membres de la famille est sur place. Deux camions du Secteur militaire n°2 (Sm2) et un bus petit porteur sont affrétés pour leur transport. «Je veux voir le corps de ma sœur. Je n’étais pas là quand elle est morte. Ils l’ont tuée et ils ne veulent même pas que je voie son corps», gronde tout en larme, Bahongui Beas Yvan Darel le frère cadet de Monique. Il n’a pas pu assister à la cérémonie. «Je suis très déçu de ce qui se passe. Je ne pars plus à Yabassi. Qu’ils aillent l’enterrer. Je n’entre pas dans leurs voitures

Les fœtus dans l’entrecuisse

Monique

Monique

«Laisse tomber Ebongue, conseille une proche. Va enterrer ta sœur. C’est fini. On ne peut pas faire le bras de fer avec l’Etat.» Malgré les supplications, le frère et d’autres proches refuseront de monter dans les véhicules. L’oncle maternel de Monique, Paul Ebongue soutient d’une voix fragile que tout a été «mal organisé. Ça s’est très mal passé.» Et de souligner : «Nous étions fâchés depuis. Nous avions même demandé qu’on nous rende notre corps. Le corps ne devait pas quitter Douala. Il n’y a plus rien, elle est morte. C’est la fille de ma petite-sœur qui est couchée dans le cercueil.» Une maman dénonce avec courroux : «Ils n’ont même pas ouvert le cercueil. On n’a pas vu le corps. Même sa propre mère n’a pas assisté à la mise en bière. On ne nous a appelés que pour reconnaître les corps des deux fœtus, placés dans entrecuisse de Monique

Née le 4 octobre 1983 à Ndogbélé à Yabassi dans le Littoral, Monique Alvine Koumatekel laisse trois enfants. Elle sera mise en terre demain samedi, dans la stricte intimité familiale à Yabassi. A rappeler que son décès avait ému tout le pays. Et divisé la population et les responsables de la santé. C’est que la famille affirmait et campe sur sa position : Monique est morte à Laquintinie faute de soins. Le corps médical riposte en déclarant qu’elle est morte avant d’arriver à Laquintinie. Une affaire est d’ailleurs en cours.

Valgadine TONGA

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