A défaut de destituer le président et son gouvernement, changeons de peuple !

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Vincent-Sosthène Fouda

Vincent-Sosthène Fouda

 Les députés à l’Assemblée Nationale du Cameroun ont eu droit à un traitement de faveur de la part du prince, 600 000 millions de nos francs pour dit-on : «L’entretien de leurs véhicules » qui doivent faire beaucoup d’efforts pour les conduire vers leurs électeurs. Tous ont répondu à l’appel y compris les morts; il faut se souvenir de la veuve et de l’orphelin comme dirait Grégoire Owona… Les députés du Sdf refusent de s’exprimer la bouche pleine. Celui du Mrc est aux abonnés absents surtout que son parti mène en ce moment une campagne pour la non anticipation de la présidentielle. L’Undp et l’Udc sont dans le cercle depuis 1958. Ils ne savent pas trop ce qu’il faut faire. Ils ont donc tous fait ce qu’il y avait à faire pour avoir le regard du prince. Ils ont simulé un parlement mort. Nos députés comme vous le voyez, n’ont pas trop confiance au dialogue républicain, (comme les leaders de l’opposition), ils osent un bras de fer avec le palais d’Etoudi qui a cédé, finalement.

Comme vous en ce moment, beaucoup de Camerounais se demandent ce que c’est vraiment le travail de députés dans notre pays si à l’ouverture de la session parlementaire, ils doivent encore attendre deux semaines pour une session d’un mois, donc de trois semaines avant de voir un projet ficelé depuis la Présidence de la République atterrir sur leur bureau quand ils peuvent avoir un. En effet, bien malin qui pourra pointer du doigt la permanence d’un député dans sa circonscription élective et dans la capitale politique de notre pays.  Aucun texte ne contraint nos députés à avoir une permanence, à avoir un attaché parlementaire, une secrétaire, un conseiller. Personne ne sait donc véritablement à quoi sert un député, sinon qu’ils sont omnipotents et omniscients à l’image de Dieu le Père. De temps en temps, tout de même, on apprend qu’ils vivent dans les couloirs de ministères à demander des marchés, à boire du champagne avec les ministres quand ils ne partagent pas avec eux des prostituées à l’hôtel qui porte leur nom. Mais bon voyons, tous ne sont pas pourris même quand ils ont la bouche pleine. Mais tous se réfèrent à ce qui se joua au Cameroun dans la nuit du 15 février 1958, quand Ahmadou Ahidjo alors vice-premier ministre de Mbida démissionna pour faire tomber le premier gouvernement camerounais. La suite nous la connaissons tous. L’histoire politique ne sera plus donc qu’une histoire de trahison, de meurtre, d’exil et d’empoisonnement. C’est peut-être ce qui fait dire à Achille Mbembe dans un entretien accordé au quotidien Mutations du mercredi 20 avril 2016 : « Dans les conditions actuelles, je suis plus utile au Cameroun et à l’Afrique dehors et vivant plutôt qu’à l’intérieur, fou, en prison, ou dans une tombe envahie par la broussaille. » Tout le monde traque tout le monde, tout le monde trahit tout le monde et le peuple est cocufié par doses homéopathiques. Le tribalisme, le gangstérisme, la diversion, l’intimidation, tout y passe vraiment pour déconstruire la citoyenneté, la nationalité, acquises de haute lutte par Um Nyobè, Ossende Afana, Félix Roland Moumié, Ernest Ouandjè. La mémoire collective n’existe plus. Le régime tient les deux bords, celui de la légalité et celui du voyeurisme. Il nous sert donc en permanence les arguments éculés de la guerre contre la secte Boko Al Haram pour empêcher la jeunesse de prendre conscience collectivement du drame qui est le sien aujourd’hui. Aucun rassemblement n’est possible sur l’ensemble du territoire national. Une loi antiterroriste a été votée et promulguée le 23 décembre 2014 par le président Paul Biya. Les journalistes sont poursuivis pour non collaboration avec les services de renseignement et risquent la peine capitale.

Certains leaders de l’opposition sont humiliés lors des manifestations et /ou des cérémonies publiques. C’est ainsi que le délégué du gouvernement près de la Communauté urbaine de Yaoundé, monsieur Gilbert Tsimi Evouna, le samedi 13 février 2014, se leva pour m’arracher le micro et m’interdire de prononcer l’oraison funèbre de monsieur Pierre Abanda Kpama président du Manidem parti de l’opposition camerounaise. Monsieur Pierre Abanda Kpama a eu devant son domicile à Mvog-Atangana Mballa Yaoundé un dépotoir pendant environ 20 ans. Il lui était impossible d’entrer chez lui simplement parce que membre de l’opposition. Le 22 avril 2016 le délégué régional du Sdf, parti représenté à l’Assemblé Nationale par Emmanuel Ntonga a été éconduit de la réception que donnait le préfet de la Mefou et Afamba à Mfou juste après son installation ceci sur insistance de monsieur Gilbert Tsimi Evouna. Toutes les occasions sont bonnes pour ce genre de pratiques: enterrement, baptême, mariage, marche politique. Il s’agit pour l’Etat d’humilier le plus possible ceux et celles qui font des propositions contraires afin de les dévaloriser aux yeux de la population. Il arrive que lors d’un contrôle de police, un leader soit sorti de son véhicule devant son épouse et leurs enfants et assis à même le sol. Dans les administrations, le traitement que reçoivent les leaders de l’opposition n’est guère mieux : faire signer une copie d’acte de naissance auprès d’un maire, faire un extrait de casier judiciaire ou tout simplement essayer de rencontrer un chef de bureau est un véritable parcours du combattant. Il n’existe malheureusement pas d’étude sur ces pratiques du pouvoir en place au Cameroun vis-à-vis des leaders de l’opposition mais les médias rendent assez régulièrement compte de ces attitudes du pouvoir. Obtenir aujourd’hui au Cameroun l’autorisation d’organiser une manifestation publique est un véritable chemin de Damas. Toutes ces entraves à l’expression démocratique dans une société aussi disparate que le Cameroun ne vise qu’une seule chose : empêcher toute prise de conscience que le peuple est en lui-même une force. Si l’on voulait banaliser l’Etat, on ne procéderait pas autrement. Un Etat castrateur, violeur, violent, voleur, magouilleur, haineux, menteur, tous les qualificatifs y passent. Les populations sont dans le maquis, dans la brousse. Quand elles osent sortir c’est à genoux, soumises, livrées au premier preneur comme ici le Délégué Départemental de la Communication du Diamaré à genoux devant son ministre monsieur Issa Tchiroma Bakary lors du meeting du Rdpc à Maroua. Que reste-t-il donc ? Achille Mbembe avec raison pense que l’opposition n’a pas encore exploré toutes les possibilités. La jeunesse française expérimente la « Nuit debout », la jeunesse montréalaise vient de lui emboiter le pas. A Douala et Yaoundé, timidement on parle de « Vendredi noir » bien que le Cameroun vive déjà dans le noir permanent avec les délestages qui n’en finissent pas de causer des incendies et des morts. Ainsi, dès le jeudi tous les Camerounais sont habillés de noir pour s’installer dans les morgues. Mais c’est une idée. Il faut l’explorer en y association les populations et si elles n’y participent pas il faut en trouver une autre sinon il faudra alors changer de peuple.

Dr Vincent-Sosthène FOUDA socio-politologue

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