L’Upc : Entre ethnicisme et factionnalisme

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Serge Aimé BikoiUne nouvelle crise affecte l’Union des populations du Cameroun, le parti historique depuis le début du mois d’avril 2016. Sur convocation de son président, le bureau du Comité directeur de l’Upc s’est réuni en session extraordinaire le 13 avril 2016 et a suspendu Robert Bapoo Lipot de toute activité au sein dudit parti. Il est désormais interdit au député de cette formation politique de parler au nom de l’Upc jusqu’au re-examen de son appartenance à cette entité par la prochaine session du comité directeur. Réagissant à la charge, Bapoo Lipot bat en brèche cette suspension et estime que cette décision est nulle et de nul effet. Ce nouvel épisode  de la crise au sein du parti historique ravive l’actualité des tensions internes, dont il est impératif de retracer les repères, les factions dissidentes et les acteurs.

Après sa création le 10 avril 1948, l’Union des populations du Cameroun (Upc) est restée longtemps dans la clandestinité durant les années pré et post-indépendantes. Le parti historique refait surface officiellement en 1991 avec le retour au multipartisme au Cameroun. Différentes tendances du mouvement sont créées  après son Renouveau et tiennent des congrès plus ou moins unitaires en 1991, 1996, 1998, 2002, 2004 et 2007. Depuis sa rentrée sur la scène politique nationale, ce n’est qu’en 1997 que l’Upc présente officiellement un candidat à l’élection présidentielle en la personne de Henri Hogbè Nlend, sorti second derrière le président sortant Paul Biya, réélu. Une nouvelle tentative de candidature d’un membre de l’Upc, Samuel Mack-Kit, de regrettée mémoire,  est faite en 2004. Mais malheureusement, cette candidature est rejetée par la Cour suprême pour dossier de candidature incomplet. Sur ces entrefaites, le parti historique a des élus au parlement camerounais et des ministres au gouvernement jusqu’en 2007.

Après le décès d’Augustin Frédéric Kodock, ancien Secrétaire général de l’Upc, le 24 octobre 2011 à Yaoundé, cette formation politique est minée par d’interminables dissensions intestines se déclinant en une monture de factions animées par Bernard Ouandji, Basile Louka, Pierre Sende, François Zogning et Robert Bapoo Lipot. A la veille du double scrutin législatif et municipal du 30 septembre 2013, René Emmanuel Sadi, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (Minatd) entreprit de rapprocher les leaders des différentes factions à l’effet d’éviter à l’Upc d’aller auxdites échéances en rangs dispersés. L’on avait cru alors que ces divisions allaient enfin disparaître. Que nenni! L’accalmie n’aura duré que le temps desdites élections qui consacrèrent pourtant le, retour au devant de la scène de cette formation politique, qui s’en tira avec trois députés et sept communes. A l’Assemblée nationale, l’activisme et l’opportunisme reprennent droit de cité tant R. Bapoo Lipot se réclame d’être l’interlocuteur de l’Upc en tant que, réitère-t-il, Secrétaire général. Alors que Pierre Sende, lui aussi, député du même parti, ne reconnaît pas la légitimité de Charlie Gabriel Mbock, actuel porte-parole de l’Upc défendant Victor Onana et Basile Louka à l’émission « Espace politique », diffusée sur les antennes de la Crtv-radio et télé, Bapoo Lipot pense, mordicus, qu’il reste et demeure le substitut de Kodock.

En dehors des cinq factions mentionnées supra, il y a l’Upc des fidèles, dont le Président revendique, depuis janvier 2016, une transition démocratique au Cameroun. Dans son message de nouvel an, Alexis Ndema Samè appelle « à une mobilisation des Camerounais pour une transformation de la société. Pour le leader de l’Upc des fidèles, co-fondateur de la coalition « Stand for Cameroon », la transition est l’arme fatale pour sortir le peuple Kamerunais du bourbier caractérisé par un pouvoir qui n’a plus que l’alibi de l’insécurité à brandir pour justifier les hausses récurrentes des prix des denrées de première nécessité. Avec la permanence du factionnalisme au sein de l’Upc, le crabe n’a pas encore fini de recoller ses morceaux.

Serge-Aimé Bikoi (Sociologue)

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