Dix points utiles pour une meilleure contribution du Minac à l’émergence horizon 2035 (Suite et fin)

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… 4- Compte d’affectation spéciale
En priorité il est important que le Minac obtienne du Minfi que la totalité de la somme arrêtée (un milliard pour l’instant) soit libérée en une ou deux tranches dès le déblocage du budget et déposée dans un compte courant bancaire de manière à permettre à la commission des Arts et lettre de planifier ses réunions en toute sérénité au cours de l’année. D’autre part, une doléance pourrait être adressée au Président de la République d’abord pour le paiement des dettes laissées par les précédents Ministres (en espérant qu’un audit clarifiera mieux la situation), ensuite pour l’augmentation de l’enveloppe du compte d’affectation spéciale qui reste encore très insuffisante pour soutenir les projets intéressants dans tous les secteurs et toutes les dix régions du Cameroun. Concernant la gestion de ce compte qui a fait couler beaucoup d’encre, une bonne gouvernance appuyée par l’information s’avère nécessaire. Les projets fédérateurs à fort impact et à effets multiplicateurs me semblent prioritaires.
Evènements exceptionnels : les coupes d’Afrique des nations de 2016 et 2019 sont des occasions exceptionnelles pour promouvoir et vendre notre culture aux participants en provenance des quatre coins du monde. Un financement spécial pourrait permettre d’élaborer des meilleurs programmes, et mieux encore de construire des infrastructures culturelles pour accueillir ces programmes.
5- Coopération internationale et contribution de la diaspora
Le Cameroun gagnerait à renforcer sa politique de coopération culturelle, et mettre à contribution sa diaspora. Les retombées se mesureraient en termes d’expertise, d’échanges artistiques et d’appui matériels et financiers. Il faut noter que notre pays n’a pas encore d’accord de coopération culturelle avec plusieurs pays du Nord qui pourtant souhaitent apporter leurs soutiens aux pays d’Afrique. Au-delà des négociations formellement politiques, des formules plus souples existent à travers les associations, les communes et les villes. Plusieurs possibilités existent avec certaines organisations internationales telles que l’Unesco, Oif, Le Conseil International de la Musique (qui avait déjà tendu la main à l’occasion du Kolatier 2010 à Douala), etc… Quant aux artistes et professionnels de la diaspora, nombreux sont ceux qui bénéficient de notoriété ou des expertises dans leurs pays de résidence, et qui veulent être utiles sous une forme ou une autre. Il faudra leur en donner l’opportunité.
6- Collaborations institutionnelles et interministérielles
Certains ministères et autres institutions sont d’office des partenaires potentiels du Minac sur des axes différents et complémentaires. On peut citer :
– Le Ministère du commerce : il peut élaborer des textes spécifiques pour faciliter l’exercice de l’activité commerciale dans le secteur de la culture.
– Le ministère des petites et moyennes entreprises : permettre aux entrepreneurs culturels de sortir de l’informel et de devenir des véritables opérateurs économiques et contribuer aux recettes fiscales.
– Le ministère du tourisme : c’est le partenaire par excellence du MINAC au vu de l’apport des arts dans la promotion du tourisme. Une plateforme de collaboration semble nécessaire, dans le but de mieux valoriser l’offre artistique dans le cadre de la « destination Cameroun »
– Le ministère des finances : un régime fiscal et douanier spécial pourrait être envisagé pour encourager la création des entreprises culturelles.
– Le ministère de la jeunesse : Des programmes pourraient être adaptés pour favoriser l’émergence culturelle au sein de la jeunesse. A l’exemple des Mjc (Maisons de Jeunes et des Cultures)
– Le ministère de l’éducation de base : la musique, le théâtre et la peinture peuvent être intégrés dans le programme scolaire dès la base. La formation des formateurs s’avère donc nécessaire.
– L’association Cvuc : Les communes et Villes Unies du Cameroun devraient dans le cadre de la décentralisation jouer un rôle majeur dans l’action culturelle aux fins de développement de la cité. Une plateforme de collaboration est nécessaire entre le Minac, l’association Cvuc et les experts culturels. Imaginons que chaque mairie du Cameroun dispose d’un lieu d’expression culturelle, aussi petit qu’il soit (en fonction de la taille de la mairie), et animé par un personnel formé.
– La Cnps : La couverture sociale des artistes et entrepreneurs culturels est une chose à prendre très au sérieux. Un simple recensement permet de savoir qui est artiste ou acteur culturel. Une plateforme entre la Cnps le Minac et les sociétés de droits d’auteur permettrait de trouver le moyen d’accorder une sécurité sociale aux membres de cette communauté.
7- Le Fenac
Le Festival National des Arts et Culture dont la dernière édition remonte à 2008 est un rendez-vous fédérateur et une vitrine pour les arts camerounais. C’est l’unique occasion où les acteurs de la filière culturelle peuvent se rencontrer, échanger et communier avec le public. Chaque édition permettrait d’évaluer l’édition précédente afin de mieux envisager l’avenir. D’une édition à une autre, le Fenac a l’opportunité d’accumuler des arguments pour convaincre la Haute hiérarchie de l’intérêt à porter à la culture et ses acteurs. Pour y arriver il est préférable de l’institutionnaliser et nommer à sa tête un Directeur (compétent en la matière), qui pourrait prendre le soin d’associer un cabinet ou une agence afin de parfaire l’organisation, et mieux convaincre les potentiels partenaires.
8- Les festivals internationaux organisés au Cameroun
Ces initiatives privées sont des vecteurs de diplomatie, de développement socioéconomique et de tourisme. Ceux qui ont résisté au temps méritent d’être pris plus au sérieux et de bénéficier des soutiens adéquats. Au Maroc (pour ne citer que cet exemple), on compte plus de trente festivals internationaux fortement soutenus et bénéficiant du Haut Patronage du Roi. L’impact est visible et mesurable.
9- Professionnalisation et compétitivité
La formation et le renforcement des capacités sont indispensables pour présenter des œuvres de qualité, en termes de création et d’opportunités de diffusion internationale. Le marché international ne pourra être envisagé que si nous sommes compétitifs. La demande existe, et il faudra bien y avoir accès.
Les marchés internationaux des arts du spectacle, les festivals de cinéma, les rencontres photographiques et des arts visuels sont autant de plateformes d’exposition où les artistes et professionnels camerounais gagneraient à être présents.
Les NTIC et le nouveaux modèles économiques tel que le digital sont à prendre au sérieux.
10- Création d’un organe opérationnel de régulation, de développement et de promotion des arts
Dans le cadre de la politique des grandes ambitions, et de l’émergence à l’horizon 2035, il est recommandable de créer un organe opérationnel pour une meilleure mise en œuvre de l’action culturelle, son développement et sa promotion internationale.
Cet organe (sous la tutelle du MINAC) qui pourrait porter la dénomination de « Conseil National des Arts » aurait pour mission :
– la délivrance des licences et des agréments pour l’exercice des métiers de la culture,
– les soutiens aux projets,
– la recherche des opportunités de coopérations culturelles,
– la recherche des fonds pour le développement des arts,
– la professionnalisation,
– l’expertise culturelle auprès des organes d’Etat
– la promotion internationale
– etc…
Dans cette optique, la Commission des Arts et Lettre en charges des dossiers soumis à l’étude dans le cadre du compte d’affectation spécial, ferait partie intégrante du Conseil national des arts.
En conclusion :
Ma contribution, même si certains aspects sont déjà pris en compte par qui de droit, est simplement celle d’un observateur actif soucieux du développement du Cameroun par la culture. Les deuxièmes assises sur les entreprises et industries créatives du Cameroun prévues à Yaoundé du 27 au 29 avril 2016 offriront certainement un cadre de réflexion plus élargi pour une meilleure contribution du Minac à l’émergence horizon 2035.

Luc YATCHOKEU
Président du Conseil Camerounais de la Musique
Directeur du Marché des Musiques d’Afrique « Le Kolatier »

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