Exploitation illégale du bois : Le Cameroun perd 107 millions Fcfa en 2015

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Le chiffre de l’ exploitation forestière provient du rapport annuel du Fonds mondial pour la nature.

Le chiffre de l’ exploitation forestière provient du rapport annuel du Fonds mondial pour la nature.

Des billes de bois près à la vente.

107.833.443 (cent sept million huit cent trente trois mille quatre cent quarante trois) Fcfa. C’est la somme que l’Etat du Cameroun a perdu en 2015 suite à l’exploitation forestière illégale. A Abong-Mbang et à Atok dans la région de l’Est où l’exploitation forestière est accrue, les pertes des communautés ont atteint 86.266.754 (quatre vingt six millions deux cent soixante six mille sept cent cinquante quatre) Fcfa. Des chiffres qui ressortent du récent rapport annuel 2015 du Fonds mondial pour la nature, Wwf. Pour produire les données suscitées, le Wwf a exploité une enquête menée par l’Organisation non gouvernementale ‘‘Association terre et vie’’ publiée en 2015.
Il est noté que deux types de pratiques illégales d’exploitation forestière gagnent du terrain. Il s’agit premièrement du «sciage sauvage dans les communautés de Baka : Missoumé, Sowetto et de Bantou de Mikouague à Atok», peut-on lire dans le rapport. Deuxièmement, «l’exploitation hors des limites de la vente de coupe N°_100 22 19 par une société forestière de la place. Entre autres indices observés et qui démontrent l’ampleur de l’activité forestière illégale, on peut citer celles du bois débité et des souches non marquées, l’inexistence de titre forestier valide, l’exploitation d’essences en-deçà du diamètre exploitable, l’exploitation au-delà des limites de la vente de coupe N°_100 22 19, des billes marquées au marteau forestier, et abandonnées dans un parc laissant penser à une complicité avec l’administration forestière locale».

Les complices

Le Wwf prend à témoin Mebeya Jean Marie, Chef de la communauté Baka de Missoumé. «L’exploitant forestier nous a seulement donné 10.000 Fcfa, Il devrait couper trois pieds d’Ayous, mais il en a coupé huit.» Le chef du village Mikouague, Mamendja II Jean Pierre renchérit : «Les exploitants ont déjà fait trois chargements et n’ont rien reversé à ma communauté jusqu’aujourd’hui… Plus grave encore, ils ont décidé de payer 100 FCFA par pièce de bois.» Les dénonciations aux autorités administratives n’ont jamais eu de suite. De quoi faire croire à certains que la coupe illégale des bois a des complices bien placés. «J’ai saisi le Sous-préfet, le Chef Supérieur et la délégation départementale des Forêts du Haut-Nyong, mais mes requêtes sont restées vaines. J’ai l’impression que cette exploitation bénéficie de la complicité des autorités», martèle Sa Majesté Mamendja II Jean Pierre. C’est dire que l’activité à encore de beaux jours devant elle.

Le même constat est vérifié dans le secteur de l’exploitation minière. Dans la région de l’Est qui représente le plus grand gisement minier du pays, on a collecté  282.361.025 Fcfa comme taxe ad valorem en 2015. La distribution de la taxe ad valorem ( qui est la proportion du prix du bien que les entreprises doivent reverser pour chaque unité vendue) est simple. «Le décret d’application n° 2002/848/PM du 26 mars 2002 du code minier dispose en son article 137 que 50% des recettes générées par la taxe ad valorem sur les ventes des minéraux iront au trésor public, 25% au ministère des Mines pour le suivi et le contrôle des activités minières, 15% aux communes où l’exploitation minière se déroule et 10% aux communautés affectées par l’exploitation minière.» Dans son rapport publié en 2015, l’organisation Forêts et développement rural (Foder) indique : «La taxe ad valorem collectée de 2012 à 2015 a progressivement augmenté. Elle est respectivement de 146.866.334 Fcfa, 158.327.928 Fcfa, 186.683.962 Fcfa et 282.361.025 Fcfa en 2012, 2013, 2014 et 2015.» Grosse surprise, tous les maires et receveurs municipaux ont affirmé aux enquêteurs du Foder n’avoir rien perçu comme Tav de 2014 à 2015. L’Etat par contre ne blague pas avec ses parts.

Braconnage : Deux trafiquants d’ivoire condamnés à l’Est

Des pointes d’ivoire saisies.

Tout n’est pas triste dans le combat de la protection de la forêt, de la faune et de l’environnement en général. Dans le rapport du Fonds mondial pour la nature, une note positive est perceptible dans l’intensification de la lutte contre le braconnage. On se souvient d’ailleurs que le Wwf se réjouissait dans un récent rapport du coup de poing mené en mars courant par le Cameroun : «Les autorités camerounaises ont saisi huit pointes d’ivoire et procédé à l’arrestation de trois trafiquants parmi lesquels un conseiller municipal, lors d’une opération coup de poing dans la localité de Djoum au Sud du pays. Dans le même temps, une patrouille bi-nationale Cameroun-Congo procédait à l’arrestation d’un braconnier en possession de six pointes d’ivoire et d’un AK47 au parc national de Nki.» Beaucoup reste encore à faire par tous les acteurs. Comme dit le proverbe, « une hirondelle ne fait pas le printemps ». Lors d’un séminaire de formation des médias sur la criminalité faunique en mars 2015,  le Fonds mondial pour la nature apprenait que plus de 2/3 des populations d’éléphants ont été exterminées  en l’espace de dix ans. «Les éléphants, les grands singes, les lions qui sont les espèces en voie d’extinction font de plus en plus l’objet d’abattage par des braconniers et autres trafiquants. C’est la raison pour laquelle il est temps que le gouvernement fasse des efforts dans la lutte contre la criminalité faunique au Cameroun» ponctuait Alain Bernard Ononino, Coordonnateur de la Mise en application de la loi au Fonds mondial pour la nature.

Valgadine TONGA

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