Tribune : Affaire Monique Koumateke ou le triomphe du pauvre

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Vincent-Sosthène Fouda

Vincent-Sosthène Fouda

Les réseaux sociaux sont le baromètre du peuple même avec un taux de pénétration inférieur à 5% d’Internet au Cameroun, avec 89% de ceux qui « tapent Cameroun sur un moteur de recherche qui vivent hors du Cameroun » mais les faits sont là. Le journaliste dit avoir « pris acte du limogeage du directeur de Laquintinie ». Alex a dirigé l’un des syndicats des professionnels de médias au Cameroun, c’est donc une voix qui compte. Ici nous pouvons saluer à sa juste mesure le triomphe du pauvre, c’est le souvenir que je garde du décès de mon grand-père. A cette époque-là, il n’y avait pas de morgue au Cameroun. Alors l’exposition de la dépouille ne pouvait pas excéder 2 jours. Quand on annonça le décès de grand père à une maman qui cultivait son champ pas loin de l’actuel emplacement du palais de l’unité (les terres appartenaient à mon bel oncle grand père de Yves Atanga journaliste à CT aujourd’hui -) Cette grand-mère eu cette phrase malheureuse qui par la suite a structuré la formation de mon être intellectuel –« Qui devrait alors mourir dans cette ville, dans ce village? Vous voulez vraiment que qui meurt dans ce village? Les pauvres comme moi? » Ma belle grand maman qui pleurait s’arrêta nette, c’est ce qui m’a marqué d’ailleurs au fer rouge.

Le pauvre a son heure de gloire, le riche l’a compris, Jean de Dieu II Dissongo a été limogé, toutes les sirènes sont au hurlement, Monique Koumateke est ressuscitée, le Dr Ngo kana n’est plus morte, elle est dans les bras de son époux, Vanessa Tchatchou n’a-t-elle pas eu son bébé après le limogeage du directeur de l’Hôpital Gynécologique Obstétrique et Pédiatrique de Ngousso en 2012? Le corps médical de mon pays m’en veut toujours aujourd’hui pour ce limogeage dont on m’attribua la paternité.
Tout le monde a oublié que cette nuit-là même, aussitôt les passations de service et de fonction effectuées, Vanessa Tchatchou fut expulsée comme une malpropre de cet établissement qui lui avait volé son enfant. Elle fut battue, traînée par terre comme une chienne en laisse. Ses cris devinrent inaudible pour les médias qui célébrèrent le lendemain l’acte salvateur et humaniste du chef de l’Etat pendant que Mutations ouvrait le procès du vagin de la jeune fille accusée de se livrer à la prostitution au Monastère des Bénédictins du Mont Febé dans les hauteurs de Yaoundé. Le combat était terminé, nous voulions collectivement le départ de Ndo Anderson. Il était tombé. «Vous-voulez quoi, que le président lui-même démissionne? » Aurait alors demandé Ngan Ngan un internaute depuis son Allemagne natal où il élève grassement ses enfants sur les efforts du peuple germanique. Qu’importe, nous avons eu la peau du Dr Jean de Dieu II Dissongo, le combat est terminé.
VIVE LA MEDIOCRATIE
Depuis l’année académique 2007/2008, une nouvelle filière a fait son entrée dans le cycle « A » des divisions administratives et régies financières. Il s’agit de l’Administration hospitalière.Où sont ces administrateurs des hôpitaux ? Que font-ils dans les ministères pour lesquels ils n’ont jamais été ni recrutés, ni formés ? 70 administrateurs donc moins de 6% sont en poste dans les hôpitaux à se tourner des pousses pendant qu’on dépouille les hôpitaux de médecins pour leur confier des actes administratifs et financiers. Monsieur Fritz Ntoné délégué du gouvernement, ancien directeur de l’hôpital Laquintinie et aujourd’hui président du comité de gestion de l’hôpital reste solidement en place !
Le samedi 12 mars 2016, juste après le décès de Monique Koumateke, nous demandions la convocation des états généraux de la santé dans notre pays. Nous avions alors pensé que le gouvernement saisirait la balle au bond pour enclencher les réformes dont notre système de santé a tant besoin. Nous avons vu naître une commission Mbédé du nom de son président pour confirmer qu’il n’y a jamais eu d’erreur médical à Laquintinie et que le personnel avait été professionnel et humain. Les 67 familles qui ont confisqué le Cameroun depuis l’indépendance se soutiennent et ceci par tous les moyens et les nombreux morts n’y changeront rien.
Aujourd’hui, les pauvres dansent, demain ils vont boire, les médias vont saluer la magnanimité du président de la République, la page sera tournée et nous attendrons le prochain drame. Vive la médiocratie.

Par Dr Vincent-Sosthène FOUDA

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