Dix points utiles pour une meilleure contribution du Minac à l’émergence horizon 2035 (1ère partie)

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 La richesse du patrimoine culturel camerounais est incontestablement une source de revenu à même de contribuer dans une échelle importante à la création des richesses, des emplois, et à la stabilité de la paix dans notre pays. Les créateurs sont nombreux et talentueux. L’intérêt des jeunes (filles et garçons) pour les métiers de la culture est également manifeste. Mais mis à part quelques exceptions, les artistes et autres acteurs culturels ont de la peine à joindre les deux bouts. La structuration du secteur de la culture n’est pas encore une priorité. Le déficit de professionnalisation et d’esprit de compétitivité freine l’ouverture vers les marchés internationaux. Aucun métier ne peut porter des fruits s’il n’est ni structuré, ni bénéficiaire d’une politique adéquate d’investissement et d’accompagnement.
Le Président de la République, Paul BIYA a impulsé la politique des grandes ambitions, et de grands chantiers sont ouverts. Pour atteindre l’émergence à l’horizon 2035, la culture mérite une attention particulière au vu de ce qu’elle représente comme opportunité de richesses, d’emploi, et de contribution à la paix. Malgré le budget assez limité attribué au Ministère des Arts et de la Culture, il existe des pistes à explorer pour mieux valoriser notre culture et confirmer son statut comme levier de développement. D’autre part, sans prétendre donner des enseignements à monsieur le Ministre et ses collaborateurs (ce n’est pas du tout mon intention), c’est l’orientation des programmes, des appuis aux projets, ainsi que des axes de promotion qui donnera la mesure de l’impact de la dépense publique engagée, aussi infime qu’elle soit. Car il est clair que le budget du Minac y compris le compte d’affectation, sont loin de pouvoir satisfaire les besoins exprimés et les attentes des uns et des autres.
Nous espérons que la question des droits d’auteurs, quoique très sensible, arrêtera de distraire l’opinion y compris les bénéficiaires. Le Professeur Moelle Kombi semble l’avoir bien compris. Il faudra bien qu’il y mette de l’ordre (en tenant compte des directives du Premier Ministre), tout en prenant très au sérieux les autres aspects dignes d’intérêt (infrastructure, accompagnement, promotion internationale…), car les droits d’auteur ne sauraient être l’unique source de revenus des artistes et encore moins des professionnels. Il existe dans des tiroirs, des documents et textes qui à mon sens ne sont pas encore suffisamment exploités. Je me permets de citer :
– Les décrets d’application de la loi portant régime de spectacle et de la loi relative au Mécénat et au Parrainage
– Les conclusions de l’atelier sur les politiques culturelles du Cameroun, qui s’est tenu il y a quelques années à Kribi avec la participation des éminents hommes de culture, et pour lequel j’ai apporté ma modeste contribution.
– Le rapport des premières assises culturelles organisées à Yaoundé en 2008 en partenariat avec l’ambassade de France. Il faudra bien faire une évaluation afin de savoir en quoi ou à quel point ces assises ont été utiles, et si possible envisager les prochaines étapes.
Les acteurs culturels ont besoin d’avoir plus de lisibilité sur ce secteur. L’information permettra (par exemple) à chacun de savoir quelles sont les ouvertures ou les contraintes liées à telle ou telle filière, et les efforts à fournir de part et d’autres pour aboutir aux meilleurs résultats bénéfiques pour tous. Il ne s’agit pas simplement de voir d’un côté un pourvoyeur (Minac) et de l’autre côté, des simples bénéficiaires (artistes et professionnels). Cela a malheureusement été toujours le cas. Il ne serait donc pas étonnant de voir que beaucoup de ceux qui applaudissent aujourd’hui le Professeur Narcisse Mouelle Kombi, réclament d’ici quelques mois son départ immédiat parce qu’ils n’auront pas obtenu satisfaction (suivez mon regard). La notion d’investissement doit être prise en compte par tous (Minac, artistes, professionnels…). Ce qui veut simplement dire que l’argent public dépensé ou reçu à titre de soutien doit être justifié par un compte d’emploi (avec pièces de dépenses à l’appui), et un retour sur investissement mesurable (impact artistique, socio-économique, diplomatique, touristique …).
Le Ministre des Arts et de la culture a entrepris l’organisation d’une rentrée culturelle. Une initiative bien saluée. Cela suppose qu’on est en droit d’attendre un programme annuel. Nous avons droit à un programme ambitieux et digne d’intéresser les pouvoirs exécutif et législatif pour une meilleure prise en compte de la culture dans les préoccupations futures. Il faut mieux convaincre, et c’est l’affaire de toute la communauté culturelle sous l’orientation et l’encadrement du gouvernement.
Restons positifs et soyons disposés à accompagner le Minac dans sa noble et délicate mission. C’est aussi un devoir patriotique.
Pour ma part, je propose que des accents soient mis sur les points suivants :
1- Structuration du marché de la culture
L’inventaire du patrimoine matériel et immatériel est une priorité. Il faut également penser à amener le produit culturel d’abord vers le public camerounais et l’inciter à la consommation. Ceci passera certainement par un inventaire des acteurs par filière (arts de la scène, arts visuels, mode, cinéma etc…) et par métier, ainsi qu’une analyse de leurs modes de fonctionnement actuel, de manière à dégager les forces et les faiblesses afin de s’assurer du meilleur mode d’intervention approprié du Minac. Le rapport des premières assises culturelles, ainsi que les conclusions de l’atelier sur les politiques culturelles méritent d’être mis à contribution.
2- Campagne de sensibilisation autour des décrets d’application de la loi portant régime des spectacles, et la loi relative au Mécénat et au Parrainage
Ces deux décrets d’application que la communauté culturelle avait longtemps désirée, ont été signés par le Premier Ministre le 09 octobre 2012. Curieusement à ce jour, ils sont restés dans les tiroirs. Il est certainement temps de les dépoussiérer et de mener une campagne de sensibilisation pour en faire bon usage. L’organisation des spectacles sera plus professionnalisée et ne laissera plus de place aux aventuriers. Quant à la loi relative au Mécénat et au Parrainage, elle encourage les entreprises citoyennes à mieux soutenir les initiatives culturelles et autres, puisque son article 8 stipule que les dépenses de parrainage sont déductibles du résultat imposable.
3- Droits d’auteurs et droits voisins
Les choses semblent mieux se clarifier, et les recommandations du PM sont très attendues. Il est à espérer que les personnes ayant détourné l’argent dans le cadre de la gestion des droits d’auteurs doivent être punies conformément à la loi, pour éviter de nouvelles tentatives….(A suivre)

Luc YATCHOKEU
Président du Conseil Camerounais de la Musique
Directeur du Marché des Musiques d’Afrique « Le Kolatier »

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