Tribune libre : Désormais les élites bureaucratiques androïdes et up-to-date?

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Serge Aimé Bikoi

Au cours de la conférence de presse donnée le 1er avril 2016 par le ministre de la Communication (Mincom), une instruction du Président de la République a été donnée aux membres du gouvernement, Directeurs généraux des entreprises étatique et para-étatique et à tout responsable public d’être présents sur les réseaux sociaux. Visiblement, Paul Biya s’est ravisé après avoir, il y a plus d’un an, battu en brèche les réseaux sociaux, où les opinions virulentes et dégradantes sont diffusées régulièrement par bien de personnes, personnages et personnalités d’ici et d’ailleurs. Le fait, pour le Chef de l’État camerounais, d’exiger aux ministres de la République et à tout autre individu détenteur d’une parcelle d’autorité d’être présents sur les réseaux sociaux est, sans conteste, une contrainte vitale pour les tenants du pouvoir au regard de l’évolution furtive du monde, devenu un village global.

L’emprise des techno-médias sur les mass médias: le cas singulier des réseaux sociaux

La communication est la sève nourricière des relations interindividuelles dans tout espace social. Jusqu’à une époque antérieure, la communication interpersonnelle, la communication médiatisée et la communication institutionnelle constituaient trois modalités communicationnelles dominantes dans le globe terrestre. Mais au fur et à mesure que le temps passe, le monde évolue, les faits et gestes changent et les méthodes de diffusion de l’information et de la communication se modèlent et se remodèlent à l’aune de nouveaux déterminants. C’est dans ce contexte que les techno médias sont nés au point d’occuper l’espace public. Dès lors, Facebook, Messenger, Whatsapp, Tweeter, Imo, Skype, Tango, window line, Instagram, etc. ont littéralement colonisé le champ sociétal de manière à opposer une concurrence rude aux mass médias (radio, presse, télévision), jadis creuset de la diffusion et de la polarisation des informations plurielles. Du coup, les réseaux sociaux se sont développés et ont eu une emprise, voire une main-mise sur les moyens de communication de masse.
Seulement, alors que le monde entier s’adapte viscéralement aux nouvelles techniques d’expression de l’opinion publique, des élites bureaucratique et pouvoiriste sont restées conservatrices des modalités passéiste et anachronique d’information et de communication à telle enseigne qu’elles sont toujours réfractaires à l’usage des singularités communicationnelles contemporaines ayant indéniablement le vent en poupe. Des ministres de la République, des Directeurs généraux des sociétés étatique et para-étatique, etc. ont donc du mal à s’intéresser et à se connecter sur Facebook, sur Whatsapp ou sur Tweeter pour communiquer, en permanence, avec leurs destinataires, cibles de leurs politiques publiques -s’il en existe même dans certaines bureaucraties-. L’on se souvient, par exemple, que le Premier ministre Philémon Yang, certains ministres et Directeurs généraux, à l’instar de Edgard Alain Mebe Ngo, Gregoire Owona, Henri Eyebe Ayissi, Amadou Ali, Ibrahim Talba Malla avaient, tous, signé, il y a quelques mois, un communiqué suivant lequel ils ne détiennent pas de compte quelconque sur les réseaux sociaux. C’est d’ailleurs sur ces entrefaites que d’aucuns avaient décidé d’abuser de certains internautes naïfs pour des raisons inavouées.

Les réseaux sociaux: tribunal mondial ou champ de la catharsis sociale?

Que le Président de la République valorise et crédibilise curieusement les réseaux sociaux, espèce de tribunal planétaire, traduit, aujourd’hui et mieux vaut tard que jamais, l’importance de cette nouvelle forme de sociabilité et de socialité tant il s’agit d’un laboratoire d’expression de l’opinion publique, un cadre de structuration, de mobilisation et de contestation populaire. Aussi les réseaux sociaux représentent-ils un champ de circulation permanente et massive des informations hétérogènes qui, très souvent, mettent dos au mur certains tenants du pouvoir. Les affaires Hélène Ngo Kana, Monique Koumateke, Honorine Nchi ayant permis d’épingler les Directeurs généraux de l’hôpital général de Yaoundé, de l’hôpital Laquintinie et de l’hôpital central et, par conséquent, le ministre de la Santé publique ont tellement défrayé la chronique que André Mama Fouda s’est senti contraint de se prononcer et a pris une position officielle bien que celle-ci n’ait guère rencontré l’assentiment populaire. L’Ordre national des médecins du Cameroun s’est senti, dans le même sillage, interpellé au point de sortir de l’ornière. Le scandale de l’Iric (Institut des relations internationales du Cameroun), lequel a mis le ministre de l’Enseignement supérieur (Minesup) sous le feu des critiques acerbes sont des faits réels ayant eu aussi une ampleur sur les réseaux sociaux et ayant obligé Jacques Fame Ndongo à faire une sortie officielle sur cette affaire sordide liée à la publication de trois listes d’admis à cette grande école. Le crime crapuleux de la fillette Eva, la disparition des bébés de Vanessa Tchatchou, de Judith Djuala, sont, entre autres, des faits amplement relayés sur la toile et suscitant, par conséquent, les réactions d’Hommes politiques, de la société civile et de plusieurs autres catégories socioprofessionnelles. Ceci dénote, irrémédiablement, l’influence imparable et indéniable des réseaux sociaux dans le jeu du contrôle de l’opinion publique. De façon systématique et automatique, tout responsable d’une parcelle de pouvoir a l’obligation de devenir androïde en s’y attachant résolument. Ainsi seront-ils tous au demeurant up-to-date!
#Serge Aimé Bikoi, journaliste indépendant et Sociologue du développement.

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