Affaire Koumateke : Les forces de l’ordre enfument les manifestants

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Suite au décès de Monique et de ses bébés, ils se sont retrouvés en masse, ce dimanche 13 mars 2016, devant l’hôpital Laquintinie de Douala. Objectif, appeler au limogeage du directeur dudit hôpital. Du ministre de la Santé publique aussi.

Pendant la manif.

Pendant la manif.

Dimanche 13 mars 2016. Ça aurait pu être un dimanche ordinaire à l’hôpital Laquintinie de Douala. Que non ! 15h. La rue qui mène à Laquintinie est noire de monde. Vêtus de noir pour la plupart, ils ont une bougie dans une main, un mouchoir blanc dans l’autre. Sur quelques banderoles, on peut lire : «Je suis Koumate Monique ; Plus jamais ça…» Les manifestants crient à tue-tête «Mama Fouda (ministre de la Santé publique, ndlr) démissionne. Jean II Dissongo démissionne (Dg de l’hôpital, ndlr)».  L’hymne national est chanté à maintes reprises. La foule n’a pas l’occasion de pénétrer dans l’enceinte de l’hôpital. Les forces de maintien de l’ordre se sont constituées en barrière de sécurité.  Le climat est électrique. Les nerfs à fleur de peau. Les raisons de la colère de la foule sont bien tristes. Un jour avant, soit le samedi 11 mars courant, une femme enceinte a perdu la vie à l’hôpital Laquintinie. Les bébés également. Monique Koumate, 31 ans, s’était rendue dans cet institut hospitalier accompagnée de son conjoint, sa mère et quelques membres de la famille. Les versions des faits divergent.

Indifférence du corps médical

D’après une source proche de l’enquête, le directeur de l’hôpital martèle que «elle a d’abord été à l’hôpital de Nylon et quand on l’a amené ici, elle était déjà morte.» Dans la famille, c’est un tout autre son de cloche. Blanche, la cousine que nous avons joint au téléphone est claire : «Monique était en vie quand elle est arrivée à Laquintinie.» Encore en sanglots, la mère de Monique lâche une seule phrase, «ma fille était vivante quand nous sommes arrivés à Laquintinie.» Même s’il a refusé de donner son nom, le grand-père de Monique avoue : «Ma petite fille a d’abord été conduite à l’hôpital de Nylon. Mais elle n’est même pas descendue du taxi. Ayant vu son état, les médecins ont demandé qu’on l’amène ailleurs.» Lui aussi affirme que Monique était vivante. «Le médecin a fermé la porte à ma petite fille parce qu’il disait être fatigué. Encore que, avant de le voir sortir de son bureau, l’infirmière nous rabâchait qu’il n’est pas là.» Entre temps, Monique rend l’âme. «Nous avons amené le corps à la morgue et là, le croque-mort nous a expliqué qu’il faut d’abord une opération pour extraire les bébés, narre le sous un ton colérique le grand-père. Ma petite nièce a pris son courage et a demandé qu’on lui donne le bistouri et les gants. C’est ainsi qu’elle a extraie les deux bébés du ventre», en plein air, devant l’indifférence du corps médical.

Koumate Monique

Gaz lacrymogène

C’est pratiquement la même colère qui a habité la foule ce dimanche. Nul ne sait comment s’est passée la mobilisation. Nonobstant la pluie, les gens sont venus de partout. Les partis politiques de l’opposition sont de la partie.  «J’ai appris via les réseaux sociaux qu’il devait avoir un rassemblement et je suis venu, sous la pluie, en soutien pour la famille durement éprouvée. On ne sait jamais. Demain ça peut être moi, ou un proche. Je suis venu dire non à l’injustice, oui à l’accouchement gratuit dans nos hôpitaux publics», gronde Jean Louis Batoum, un manifestant. «Chaque jour les femmes doivent mourir. C’est quoi ? Qu’avons-nous fait», tonne une femme. Soudain, des gaz lacrymogènes  enfument la masse. Dans la fuite, certains se blessent. C’est la débandade. Mais pour quelques minutes. Le mouvement se reforme quelques mètres plus loin, devant le palais Dika Akwa. «Vous n’allez pas nous empêchez de parler. Trop c’est trop !», clame la foule, tout en chœur. Des escouades de policiers et gendarmes affluent au fur et à mesure. Les agents des renseignements se faufilent dans la foule. C’est une véritable démonstration de force. Le peuple est encerclé. Une fois de plus, les gaz lacrymogènes sont lancés. Quelques interpellations sont faites. La foule se disperse. Le mouvement s’estompe.

Les gaz lacrymogènes dispersent la foule.
Les gaz lacrymogènes dispersent la foule.

Le gouverneur de la région du Littoral tente bien que mal d’être rassurant. «Les enquêtes ont été ouvertes pour pouvoir établir les responsabilités des uns et des autres», dixit Ivaha Diboua. Il y a tout de même un hic. Seuls Tacke Rose, la fille (qui voulait sauver les bébés), l’infirmière et le croque-mort ont été interpellés jusqu’ici. Ils doivent être entendus à la Légion de gendarmerie. Plusieurs ne comprennent pas le motif de l’interpellation de Rose. Une trentaine d’avocats se sont constitués en conseil.

Valgadine TONGA

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