Affaire Koumateke : La famille crache sur le rapport de l’ordre des médecins

0

Après la publication dudit rapport, c’est l’indignation chez les proches de la défunte.

Au domicile familial

Au domicile familial

Monique Koumateke est morte avant d’arriver à l’hôpital Laquintinie de Douala. C’est la principale chose que l’on retient du rapport de l’Ordre national des médecins du Cameroun, Onmc, rendu public le 31 mars 2016 à Yaoundé. Après les soulèvements populaires suscités par le décès de Monique Koumateke porteuse d’une grossesse gémellaire (le 12 mars 2016), l’Onmc avait mis sur pied une commission d’enquête. Les résultats confortent la thèse soutenue depuis lors par l’administration. La famille quand à elle se dit choquée.

Au lendemain du verdict de l’ordre, dans la matinée de vendredi 1er avril 2016, nous nous sommes rendus au domicile familial de la défunte, sis à Mboppi à Douala. Pas possible d’avoir les réactions. «Repassez dans l’après-midi. Le père et la mère sont à Bonanjo pour établir le programme des obsèques», renseigne une voisine. 16h. De retour sur les lieux, nous trouvons une femme assise, les yeux larmoyants. Le jeune-homme qui lui tient la main a une mine d’enterrement. En même temps, c’est normal. «J’ai toujours eu envie d’entrer dans l’armée pour gérer des cas pareils. Si j’étais à Laquintinie ce jour, je vous jure que j’aurais tué une infirmière et serais allée en prison. C’est criminelle ce que ces infirmières ont fait. Fermer la porte à ma sœur. Elle était trop jeune pour mourir. Elle n’avait encore rien fait de sa vie. Ces infirmières vont mourir très tôt et elles iront en enfer», fulmine la femme. Elle, c’est la cousine de la défunte. «Nous étions comme des jumelles. On avait le même âge (33 ans), on marchait ensemble. Maintenant je suis toute seule. Des criminels.» Ici, il n’y a pas de doute, Monique est bel et bien morte à Laquintinie.

Les faits sont faits

«Les enquêteurs de l’ordre sont venus ici et nous leur avons confirmé que Monique est bien décédée à Laquintinie. Si Monique était morte avant d’arriver à Laquintinie pourquoi aucun de ces centres n’a produit un acte de décès ? Le Cameroun est terrible. De toutes les façons, toutes les versions qui vont sortir ne ramèneront jamais ma grande sœur à la vie. Que les médias en parlent ou pas, le pire est déjà arrivé. Ma grande sœur est morte. Les gens racontent même que maman reçoit de l’argent. Quel argent ? Malgré notre pauvreté, on était heureux. Aucun million ne pourra me ramener ma sœur ni ses enfants. Tout ce qu’on veut maintenant c’est l’enterrer afin qu’elle repose en paix», grommelle le cadet de la défunte.

La conversation est interrompue par l’arrivée de Franck Célestin Mapoko, le cousin de la défunte et secrétaire du comité d’organisation des obsèques. «Les choses sont ordonnées maintenant. Ce n’est plus tout le monde qui répond aux médias», argue-t-il. En l’absence des parents, il martèle : «Nous sommes très surpris du rapport de l’Ordre national des médecins. D’abord il avait renvoyé la tâche à l’ordre des infirmiers. Après il sort un rapport qui nous scandalise. On dit que Koumateke Monique est décédée à Pk 14 alors qu’elle n’a jamais été examinée depuis Pk 14. Le médecin de Nylon affirme avoir constaté le décès et que, pendant le remplissage des modalités  pour la mise du corps à la morgue, nous avons fui avec le corps. Mais c’est grave ce qu’ils disent. Est-ce qu’on peut nous donner le nom du médecin qui a examiné Koumateke Monique à Nylon ? Et si elle était décédée avant Laquintinie pourquoi s’est-on arrêté au Camp Yabassi pour informer trois ou quatre personnes qu’on est en train de se rendre à l’hôpital parce qu’elle est malade ? C’est déplorable.» Face à une telle situation, «on ne peut qu’avoir nos yeux pour pleurer. Le pays est comme ça. On comprend que chacun de ces médecins, de cet ordre défend leurs confrères. C’est tout. Et encore, le médecin qui rendait le rapport à dit à la télé que cinq minutes après la mort, les fœtus ne pouvaient plus vivre.» L’interlocuteur s’accroche sur l’attitude de croque-mort qui a affirmé le contraire. «Si on doute des propos de la famille, on peut au moins croire le croque-mort qui peut témoigner que les enfants bougeaient dans le ventre. C’est pourquoi il a crié ‘‘au secours’’. Afin de toucher la sensibilité du corps médical, il a même demandé qu’on lui donne deux infirmières pour l’opération. Mais elles sont restées de marbre.» Depuis le 12 mars, la consternation n’a plus quitté cette famille. Trois vies perdues en un jour. Tout ce qu’elle attend maintenant c’est enterrer Monique. Et si possible, penser à autre chose.

Valgadine TONGA

Share.

About Author

Leave A Reply